Artisanat et innovation

 

Il existe des secteurs d’activité, comme l’artisanat, où la relation avec l’innovation apparaît au premier abord comme contradictoire. Dans le modèle de production et de consommation dans lequel elle est inscrite pour réaliser ses produits, l’activité artisanale semblerait réduite à l’emploi d’outils et de procédures rudimentaires utilisant des connaissances techniques issues exclusivement de la tradition1.

 

Artisanat et innovationSi l’on prend comme seule référence la tradition et la façon non industrielle de produire des objets artisanaux, on peut constater qu’au fil de l’histoire il a existé une relation continuelle entre elles, jalonnée par l’apparition de nouvelles technologies, matériaux et formes qui font désormais partie de cette tradition à nos yeux. Ce serait donc un contresens de penser que l’introduction des TIC dans la production artisanale enlèverait au produit la valeur unique de cette tradition 2.

Si l’on voit une opposition entre industrie et artisanat on serait en train d’ignorer que l’innovation en tant que facteur clé de dynamisation doit exister dans les deux cas. Penser que l’innovation est inhérente au concept d’industrie et qu’elle y est exclusivement rattachée, et que de l’union de l’industrie et de l’innovation résulte ce que l’on appelle progrès, constitue une réduction qui n’avantage en rien l’artisanat et moins encore son avenir en tant qu’outil générateur de richesse et de compétitivité.

Il est possible d’identifier dans cet environnement plusieurs facteurs qui expliquent l’état actuel de cette relation. D’après Jesús Ángel Prieto 3, on peut constater que le modèle d’artisanat basé sur des foires et d’autres festivités de rue qui prédominent en Europe du Sud perd des positions face au modèle du Nord. Celui-ci est organisé à partir de « positionnements transversaux » qui impliquent une utilisation active, que l’on pourrait qualifier même de « militante » des TIC, de nouveaux matériaux et de nouveaux modèles de consommation et de distribution. En effet, ces positionnements rassemblent tradition artisanale et innovation sans que pour autant l’artisanat efface sa raison d’être, allant même à lui conférer une valeur ajoutée dans un marché marqué par de nouvelles tendances de consommation et d’utilisation des biens culturels.

Enfin, il faut noter la suppression de limites, si rigides auparavant, entre création et commercialisation, entre client et artisan, ainsi que la tendance des consommateurs actuels à s’identifier avec des modèles de consommation responsables et respectueux de l’environnement, en définitive durables. Si à cela s’ajoute que le design est aujourd’hui aussi déterminant que la qualité ou le prix d’un produit artisanal, on comprend pourquoi l’artisanat est un secteur moteur d’une nouvelle façon d’innover qui ne coïncide pas exactement avec l’innovation industrielle. Ceci ouvre tout un éventail de possibilités de création, de production, de marché et « d’image de marque » inconnu du secteur de l’artisanat jusqu’à présent et dont peut découler l’union définitive des deux concepts apparemment antithétiques. L’artisanat est finalement une modalité d’intelligence sociale 4, qui peut revêtir différentes formes, comme par exemple celle de l’innovation.

Outre l’appui des administrations publiques et d’autres organismes, les ateliers d’artisans doivent favoriser l’imbrication entre l’artisanat et l’innovation grâce à l’intégration et le développement d’un modèle d’artisanat qui cible de nouveaux groupes de consommateurs plus qualifiés et avant-gardistes. Selon les experts 5, ce fait laisse prévoir une nouvelle étape de croissance de l’activité et un changement du concept d’artisanat, qui est déjà en mutation, ainsi que l’apparition de quelque tendances d’évolution clairement identifiées qui exigent des stratégies de production, de promotion et de commercialisation spécifiques.

Ces nouveaux groupes de consommateurs cherchent ce qui était jusqu’à récemment impossible à atteindre dans le capitalisme moderne : l’excellence d’être les propriétaires d’objets uniques, inimitables et impossible à trouver ailleurs. Contrairement à l’automatisation des processus de production, la nouvelle donne pour l’entreprise artisanale passe par le fait de maintenir ses savoir-faire au lieu de les perdre, de chercher de nouvelles valeurs, de ne pas répéter des erreurs passées et de trouver des voies pour que la mondialisation offre des opportunités à l’artisanat grâce à l’innovation 6.

Si l’artisan est capable de créer et de mettre en place une démarche « entrepreneur/innovateur » (d’après les mots de Schumpeter), sans oublier les nouvelles tendances d’achat de ses produits, il aura fait un pas majeur pour réussir à ce que le travail de l’artisan soit considéré dans une nouvelle perspective et avec un avenir prometteur.

 

[1] De Lucas, Enrique : “Conjunto de saberes”. Tiré de la communication “Tecnología: necesidad y límite”. Actes du Congrès international “Artesanía + Innovación, la herramienta del futuro”. Tolède, les 24-25 octobre 2008.

[2] Idem.

[3] Prieto, Jesús Ángel : “A modo de conclusiones”. Actes du Congrès international “Artesanía + Innovación, la herramienta del futuro”. Tolède, les 24-25 octobre 2008.

[4]  Idem
[5]  Santos, Juan Carlos : “Tendencias de evolución del mercado de artesanía. Tiré de la communication “Nuevas pautas de consumo”. Actes du Congrès International “Artesanía + Innovación, la herramienta del futuro”. Tolède, les 24-25 octobre 2008.
[6]  Reynie, Dominique : “Oportunidades de futuro”. Tiré de la communication “Nuevas pautas de consumo”. Actes du Congrès International “Artesanía + Innovación, la herramienta del futuro”. Tolède, les 24-25 octobre 2008.
 

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